Me voici étrange et revenu
aux sources du cuivre et des versets
je m'habille de ronces, d'éclairs, d'une froide lumière
jaillie de l'épée
Les mots ceints m'assurent la fragile mesure de mes propos
la chamelle blanche s'abreuve à l'ombre oblique du palmier
me guide sur l'énigme voluptueuse de sa marche
Je cherche
la colline d'ocre et d'or
l'œil du faucon
un reste de tison
le lit du vent
les voix de l'homme déserté
Aux portes du ciel je frappe
et le bâton se rompt pour ne pas entendre
le bruit qu'il fait
À Tipaza c'est l'heure des oliviers
leurs feuilles chantent les psaumes et
drapent les sépultures ouvertes
Je marche vêtu de souffles volés aux tombes
de fragments d'étoiles
perdues
de pétales trouvés sur les murailles du temps
je chante des cantilenes suaves de liberté
je suis les traces des chevaliers de sable
le hennissement de leurs montures
l'odeur de leur sang figé
Toute halte est ma demeure
Je cherche l'encrier des siècles
la rose noire du sel
un cri de feu
une larme de pierre
laver ta présence de ses plaies.
Hamid Skif - Poèmes d'El Asnam et d'autres lieux, ENAL, Alger, 1986
Une sélection réalisée par Luc Fayard de textes et poèmes préférés (à part les siens !), choisis au fil de ses lectures...
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Hugo (Victor): Le vagabond
J'ai fait à pied de longues routes,
Marchant la nuit, craignant les voix,
Plus rempli d'ombres et de doutes
Que la bête fauve des bois.
L'eau des chemins mouillait mes guêtres ;
Las, je tombais sur de vieux bancs,
Je regardais par les fenêtres
La gaîté des âtres flambants.
J'entendais rire sous le chaume
Les paysans à leur repas ;
Un étranger est un fantôme,
Les murs ne le connaissent pas.
Marchant la nuit, craignant les voix,
Plus rempli d'ombres et de doutes
Que la bête fauve des bois.
L'eau des chemins mouillait mes guêtres ;
Las, je tombais sur de vieux bancs,
Je regardais par les fenêtres
La gaîté des âtres flambants.
J'entendais rire sous le chaume
Les paysans à leur repas ;
Un étranger est un fantôme,
Les murs ne le connaissent pas.
Victor Hugo. Les châtiments
Hugo (Victor) : Demain dès l'aube
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo - Les Contemplations - 1856
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo - Les Contemplations - 1856
Lanzmann (Jacques) : Marcher
Marcher, c'est aller au bout de soi-même tout en allant au bout du monde.
C'est redécouvrir l'homme qui prenait ses jambes à son cou lorsque le ciel lui tombait sur la tête.
C'est geler en même temps que les pierres du chemin.
Griller au feu du soleil.
Partir à l'aube en pleine forme pour revenir sur les genoux en pleine nuit.
Marcher, c'est rencontrer des créatures qu'on ne verrait nulle part ailleurs.
Marcher, c'est aussi aller nulle part sans rencontrer personne.
C'est se mettre en vacances de l'existence.
C'est exister en dehors des vacances.
Marcher, c'est réussir à dépasser son ombre.
C'est pouvoir se doubler soi-même en s'envoyant un gentil salut au passage.
Marcher, c'est caresser le sol, le flatter, l'amadouer.
Une manière de se mettre la terre dans la poche avant qu'elle ne se referme à jamais.
Marcher, c'est être dans le secret des dieux.
C'est écouter à leurs oreilles et entendre avec eux des bruissements, des murmures qu'on croyait éteints.
Marcher, c'est se mêler à la conversation des arbres, aux commérages des oiseaux, aux persiflages des reptiles. C'est se fondre dans la nature, se couler au fond du moule.
Marcher, est-ce que cela ne serait pas, en définitive, tourner avec ses pieds, au pas à pas, page après page, le grand livre de la vie ?
Jacques Lanzmann, cite par Alain R. sur FB.
C'est redécouvrir l'homme qui prenait ses jambes à son cou lorsque le ciel lui tombait sur la tête.
C'est geler en même temps que les pierres du chemin.
Griller au feu du soleil.
Partir à l'aube en pleine forme pour revenir sur les genoux en pleine nuit.
Marcher, c'est rencontrer des créatures qu'on ne verrait nulle part ailleurs.
Marcher, c'est aussi aller nulle part sans rencontrer personne.
C'est se mettre en vacances de l'existence.
C'est exister en dehors des vacances.
Marcher, c'est réussir à dépasser son ombre.
C'est pouvoir se doubler soi-même en s'envoyant un gentil salut au passage.
Marcher, c'est caresser le sol, le flatter, l'amadouer.
Une manière de se mettre la terre dans la poche avant qu'elle ne se referme à jamais.
Marcher, c'est être dans le secret des dieux.
C'est écouter à leurs oreilles et entendre avec eux des bruissements, des murmures qu'on croyait éteints.
Marcher, c'est se mêler à la conversation des arbres, aux commérages des oiseaux, aux persiflages des reptiles. C'est se fondre dans la nature, se couler au fond du moule.
Marcher, est-ce que cela ne serait pas, en définitive, tourner avec ses pieds, au pas à pas, page après page, le grand livre de la vie ?
Jacques Lanzmann, cite par Alain R. sur FB.
Rilke (Rainer Maria) : Par les antiques aqueducs
Par les antiques aqueducs, des eaux vives infiniment arrivent dans la grande cité, dansent sur des places nombreuses au-dessus des blanches vasques de pierre et s'épanchent en de larges et profonds bassins, murmurantes au long du jour, puis haussant avec la nuit leur murmure, la nuit d'ici qui est vaste et pleine d'étoiles et tout adoucie de brises. Et il y a ici des jardins, des allées et des escaliers inoubliables, des escaliers conçus par Michel-Ange, des escaliers disposés à l'image des eaux glissant au long d'une pente et qui font naître, en leur ample chute, une marche d'une autre marche, comme la vague naît de la vague.
Lettres à un jeune poète. p. 65, à propos de Rome.
Lettres à un jeune poète. p. 65, à propos de Rome.
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