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Prévert (Jacques): Il Pleut

Il pleut Il pleut
Il fait beau
Il fait du soleil
Il est tôt
Il se fait tard
Il
Il
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Toujours Il
Toujours Il qui pleut et qui neige
Toujours Il qui fait du soleil
Toujours Il
Pourquoi pas Elle
Jamais Elle
Pourtant Elle aussi
Souvent se fait belle !

Jacques Prévert

Kilmer (Joyce) : Trees (Les Arbres)

I think that I shall never see
A poem lovely as a tree.

A tree whose hungry mouth is prest
Against the earth's sweet flowing breast;

A tree that looks at God all day,
And lifts her leafy arms to pray;

A tree that may in summer wear
A nest of robins in her hair;

Upon whose bosom snow has lain;
Who intimately lives with rain.

Poems are made by fools like me,
But only God can make a tree.

Je pense que je ne verrai jamais
Un poème aussi beau qu'un arbre.

Un arbre dont la bouche affamée est pressée
Contre le sein doux de la terre;

Un arbre qui regarde Dieu toute la journée,
Et lève les bras feuillus pour prier ;

Un arbre qui peut en été porter
Un nid de merles dans ses cheveux ;

À qui la neige peut donner un manteau ;
Qui vit intimement avec la pluie.

Les poèmes sont faits par des sots comme moi,
Mais seul Dieu peut faire un arbre.

Garcia Lorca (Federico) : La fille au beau visage

Arbolé, arbolé,
seco y verdé.

La niña del bello rostro
está cogiendo aceituna.
El viento, galán de torres,
la prende por la cintura.

Pasaron cuatro jinetes,
sobre jacas andaluzas,
con trajes de azul y verde,
con largas capas oscuras.

"Vente a Córdoba, muchacha."
La niña no los escucha.

Pasaron tres torerillos
delgaditos de cintura,
con trajes color naranja
y espadas de plata antigua.

"Vente a Sevilla, muchacha."
La niña no los escucha.

Cuando la tarde se pone
morada, con lux difusa,
pasa un joven que lleva
rosas y mirtos de luna.

"Vente a Granada, muchacha."
Y la niña no lo escucha.

La niña del bello rostro
sigue cogiendo aceituna,
con el brazo gris del viento
ceñido por la cintura.
Arbolé, arbolé.
Seco y verdé.

Arbre, arbre,
sec et vert.

La fille au beau visage
cueille des olives.
Le vent, galant des tours,
la prend par la taille.

Quatre cavaliers passèrent,
sur des jacas andalouses,
vêtus de bleu et de vert,
avec de longues capes sombres.
 
"Viens à Cordoue, jeune fille."
La fille ne les écoute pas.

Trois toreros passèrent
à la taille fine,
en costumes orange
et épées d'argent ancien.

"Viens à Séville, jeune fille."
La fille ne les écoute pas.

Quand le soir devient pourpre,
avec une lumière diffuse,
passe un jeune homme
portant des roses et des myrtes de lune.
 
"Viens à Grenade, jeune fille."
Et la fille ne l'écoute pas.

La fille au beau visage
continue de cueillir des olives,
avec le bras gris du vent
en ceinture autour de sa taille.
Arbre, arbre.
Sec et vert.


Federico Garcia Lorca. Canciones (Chansons). 1927. Cette traduction tente de capturer le lyrisme et les images évocatrices de l'original de Lorca, reflétant la culture espagnole et le symbolisme profond lié à la nature et à l'identité.

Gilbran (Khalil): La Perle

Une huître dit à sa voisine : « J'ai une très grande douleur en moi. C'est lourd et rond et je suis en détresse. » Et l'autre huître répondit avec une satisfaction hautaine : « Loués soient les cieux et la mer, je n'ai aucune douleur en moi. Je vais bien et suis en bonne santé à la fois dedans et dehors. » À ce moment un crabe passa par là et entendit les deux huîtres, et il dit à celle qui allait bien tout à la fois dedans et dehors : « Oui, tu vas bien et tu es en bonne santé à la fois dedans et dehors; mais la douleur que porte ta voisine est une perle d'une excessive beauté. »
Khalil Gilbran, L'Errant

Baudelaire (Charles) : La beauté

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire (1821-1867). Les Fleurs du mal

Saint Augustin : Ne pleure pas si tu m'aimes

Ne pleure pas si tu m'aimes. Si tu savais le don de Dieu et ce que c'est que le Ciel. Si tu pouvais d'ici entendre le chant des Anges et me voir au milieu d'eux. Si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons et les champs éternels, les nouveaux sentiers où je marche ! Si, un instant, tu pouvais contempler comme moi la Beauté devant laquelle toutes les beautés pâlissent. Quoi, tu m'as vu, tu m'as aimé dans le pays des ombres et tu ne pourrais ni me revoir, ni m'aimer dans le pays des immuables réalités ! Crois-moi, quand la mort viendra briser tes liens comme elle a brisé ceux qui m’enchaînaient et, quand un jour que Dieu connaît et qu'il a fixé, ton âme viendra dans ce ciel où l'a précédée la mienne, ce jour-là tu me reverras, tu retrouveras mon affection épurée. A Dieu ne plaise qu'entrant dans une vie plus heureuse, infidèles aux souvenirs et aux vraies joies de mon autre vie, je sois devenu moins aimant. Tu me reverras donc, transfiguré dans l'extase et le bonheur, non plus attendant la mort, mais avançant d'instant en instant avec toi dans les sentiers nouveaux de la Lumière et de la Vie. Essuie tes larmes et ne pleure plus si tu m'aimes. »
Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone et Docteur de l’Eglise

Clare (John) : To DeWint

DeWint I would not flatter, nor would I
Pretend to critic-skill in this thy art
Yet in thy landscape I can well descry
The breathing hues an nature counterpart
No painted peaks, no wild romantic sky
No rocks no mountains as the rich sublime
Hath made thee famous but the sunny truth
Of nature that doth mark thee for all time
Found on our level pastures - spots forsooth
Where common skill sees nothing deemed divine
Yet here a worshipper was found in thee
Where thy young pencil worked such rich surprise
That rushy flats be fringed with willow tree
Rivalled the beauties of Italian skies
John Clare (1793-1864), To DeWint, published as part of The Rural Muse' Collection in 1835

Eluard (Paul) : La terre est bleue comme une orange

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

L'Amour la poésie (1929) - Un texte prémonitoire quand on vit les premières photos de la terre prises de la Lune en 1969